24 mars 2009
empathique, et toc
L'hiver n'en finit pas de se prolonger, je me suis réveillée ce matin pour constater le retour du manteau blanc et pour gratter et déneiger ma voiture, joie. Je croyais naïvement que le printemps était arrivé samedi passé. Comme on dit, allez convaincre les gens du réchauffement climatique des années pareilles.
Je l'ai déjà dit, je n'ai rien en soi contre la neige et le froid, même si comme tout le monde je commence à en avoir un peu marre, mais ça influence mon travail. En ce moment, je passe mon temps au téléphone, pour trouver des solutions aux problèmes posés par cette couverture neigeuse qui n'en finit pas de ne pas fondre (il en est quand même retombé 10 bons centimètres cette nuit sur nos montagnes). Une des conséquences principales est que je suis en contact avec beaucoup de gens, qui me parlent souvent de leurs petits soucis, la majorité liés à la météo mais parfois, sur un plan un peu plus large. J'absorbe donc aussi bien le mécontentement des uns face à "l'administration" (hydre aux cent voix que l'on croirait crée, avec son arsenal de lois et de règlement, rien que pour les embêter) que les problèmes des autres qui se retrouvent parfois à gérer à bout de bras des situations impossibles et qui réussissent à garder le sourire, parce qu'il faut bien.
Je lis beaucoup de blogs de soignants, on y découvre bien souvent qu'une de leurs tâches, qu'ils le reconnaissent et l'acceptent ou non, c'est justement de vivre avec, et parfois de se prendre en pleine face, toutes ces facettes de l'humanité. Ils ont une position à part en tant que soignants, par rapport aux extensions de "l'Etat" (le truc nébuleux et changeant) que nous sommes, bien sur. Même si j'ai l'impression qu'avec les changements sociaux, cela évolue, et pas dans le bon sens, y'a plus d'respect d'nos jours ma bonne dame. Même situations mais approche différente, ça me fascine mais je ne crois pas que j'en serais capable, je pense que je finirais vite sous cachetons ou avec un ulcère.
Mais revenons-en à mes brebis égarées et surtout, aux problèmes de conscience que cela me pose. On me téléphone donc beaucoup en ce moment. Et comme je suis une fille polie, je réponds, avec le sourire (même que ça s'entend au téléphone y paraît), et je cherche des solutions, si si. Conséquence, s'apercevant que dans l'administration on peut trouver la personne responsable qui peut les aider et qu'en plus, elle ne mord même pas, ils commencent à avoir tendance à en profiter. Donc, ils m'appellent de plus en plus pour d'autres choses. Qui ont certes à voir avec mon job, ils sont bien au bon endroit, mais qui sont notablement plus compliquées que ces problèmes dus à la neige. Et donc, je me retrouve en porte-à-faux entre leur position et celle qui doit être la mienne, loi oblige. Sauf que…
Sauf que l'un de mes traits de caractère, c'est de me mettre toujours à la place de l'autre, même si la plupart du temps je suis totalement à côté de la plaque, je ne peux pas m'en empêcher, je suis en empathie (dans le meilleur des cas pour moi) ou, le plus souvent, en compassion, ce qui est nettement moins facile. Du coup, il m'est impossible de dire à quelqu'un "débrouillez-vous, la loi dit ça, que ça ne vous arrange pas, c'est pas mon problème". D'autant que franchement, la loi va parfois à l'encontre du bon sens, voire de mes convictions, voire des deux. Et parfois, c'est l'absence d'alternative qui gène. Que l'on fasse passer l'intérêt du plus grand nombre avant l'intérêt d'un seul, je peux le comprendre, mais allez annoncer en face à un type qu'il n'a plus qu'à mettre la clef sous la porte parce que l'intérêt public prime et que la loi ne prévoit rien pour le dédommager, ben faut avoir les nerfs. Surtout quand on est compassionnel compulsif (chais pas si ça existe, mais ça sonne bien). La principale conséquence de tout ça, c'est que ça commence à me bouffer, parce qu'il y en a beaucoup en même temps en ce moment. Saupoudrez avec quelques chiants procéduriers qui sont notre lot hebdomadaire et vous obtenez quelques crampes d'estomac. Franchement, ces jours je ne me sens vraiment pas taillée pour ce boulot, essayez de trancher plusieurs fois par jours quand vous ne voyez que trop bien les deux aspects du problème. On en arrive parfois à un consensus mou qui n'est satisfaisant pour personne, ce qui me fait dire que je suis pile dans la veine politique du pays finalement. Je me demande si le taux d'ulcères est plus élevé en Suisse qu'ailleurs tient.
Blague à part, à force de penser soigneusement à autre chose pour pouvoir vivre sans avoir des migraines à répétitions ou sans déprimer complètement parce que j'ai toujours l'impression que la solution choisie n'était pas la bonne, j'en arrive à des situations ridicules. Ainsi, depuis deux semaines, je chantonne dans ma tête ou tout haut… "il était un petit homme, pirouette, cacahuète…"
Inquiétant, non?