15 mars 2008
Par petite touches
Épilogue hier en fin d'après-midi d'un épisode commencé hier matin, je reçois un mail confirmant que le document que j'ai envoyé à fini par arriver à son destinataire. Je ne sais pas trop si je dois remercier la personne qui l'a fait passer ou m'excuser auprès de celle qui était finalement la destinatrice initiale. C'est ça de ne pas retenir le nom quand quelqu'un s'annonce au téléphone et d'oublier, après quelques minutes de conversation, de le lui redemander poliment. Après, on se retrouve comme moi, comme une conne devant son écran, le document prêt, attaché au mail et… aucune idée du nom de la destinatrice.
Dans le même genre, j'ai répondu hier matin à une demande de renseignement sur la personne responsable d'un dossier (moi) et l'intérêt de ladite personne (moi toujours) à participer à une formation sur une aide à la gestion de ce genre de dossier. Où est le problème? Ça faisait deux mois et demi qu'on avait reçu la demande et la réunion/formation aurait du se tenir courant mars. Coup de bol pour moi, le truc est gelé pour "divergence d'opinion" au niveau d'en dessus. Où comment se taper dessus du haut vers le bas, puis du bas vers le haut. Personnellement, ça m'arrange, comme ça je ne passe pas à côté de quelque chose de potentiellement intéressant.
Grand moment de solitude intérieur l'autre jour, une collègue taquinait un collègue sur la longueur de ses pauses. Il lui répond "ben quoi, une heure le matin et trois quarts d'heures l'après-midi, normal quoi". Et là, pour les faire rire, j'ai sorti "je croyais que ça c'était ton temps de travail effectif dans la journée". Éclat de rire général et moment de solitude intérieur pour moi, puisqu'ils ne sauront jamais à quel point c'est proche de ma réalité quotidienne.
On dirait que la météo cherche par tous les moyens à m'empêcher d'écouter la petite voix qui me souffle toujours "photos, photos, photos". Depuis celles prises au cimetière l'autre jour, impossible d'avoir un moment pour capturer dans des conditions correctes les nombreux bourgeons et autres brins d'herbes qui s'éclatent en cette saison. C'est donc d'un œil triste et songeur que je regarde un marronnier débourrer tellement fort que je le vois à dix mètres en passant en voiture et que je me dis que le coussin de cette aubriette est vraiment parfait, dommage que non seulement il soit sous la pluie, mais en plus dans un endroit pas franchement pratique d'accès en matière de macro (mur vertical au bord d'une route sans trottoir). Je rêve quand même de capturer ces éclats de vie et d'arriver à les montrer comme je les vois moi, même si je sais que c'est presque impossible, tant il faut de chance et de talent pour qu'une photo évoque une odeur, un bruit, un souvenir. Mais vive le numérique, je ne désespère pas.
Je suis souvent victimes de souvenirs ou de pensées "indésirables" dans ma vie quotidienne. S'ils sont si indésirables, ce n'est pas seulement parce qu'ils surviennent au mauvais moment, mais surtout parce qu'il s'agit de mauvais souvenirs en général. En d'autres termes, mes moments de honte, mes pensées tordues et rejetées parce que telles ont tendance à me revenir en pleine tronche régulièrement et sans crier gare. Et alors que j'en cherche une pour préciser mon propos, il n'y a plus rien, bien évidemment. Pourtant, je me souviens très précisément de l'emplacement exact où je me trouvais une des dernières fois ou j'ai secoué la tête, physiquement, pour tenter de me débarrasser d'une image inopportune. Certaines sont devenues familières à force de s'imposer à chaque fois que mes pensées croisent certains sujets. D'autres sont de nouvelles venues, souvenirs de petites ou de grandes gênes, voir des humiliations fixées sans que je m'en rende compte et réapparaissant pour me montrer à quel point la situation m'a marqué. Et tiens, cette tentative de description à du réveiller une pensée voisine d'un vague orgueil façon "moi je sais" puisque finalement, une image est remontée, comme un bouchon, s'imposer là où elle n'a pas vraiment sa place. Un petit rien, une insistance stupidement lourde de ma part un jour de classe, il y aura bientôt dix ans. Une stupide envie de montrer que "moi j'connais le sujet proposé" et la désapprobation évidente de la prof, dégoutée par mon petit manège aussi subtile qu'un tag rouge sur un mur blanc. Et dix ans après, chaque fois que mes pensées s'égarent à me croire "trop forte" ou que je commence à dériver vers une attitude "je me la pète" ce souvenir remonte, plop, et me ramène à une plus juste considération de la situation. Bien sur, on peut se dire "finalement, c'est un garde fou, une assurance de ne plus refaire la même erreur". Mais bien entendu, ça ne marche pas comme ça, ce serait trop beau. En fait, quand j'aurais besoin de ce genre d'avertissement, il n'arrive pas ou trop tard avec en prime un côté "tu n'apprendras donc jamais". Non, c'est au hasard de mes pensées qu'il me fait ressentir, encore et encore, la honte liée à ce minuscule presque rien. Et au lieu de me remettre dans le droit chemin en m'enseignant l'humilité, enfin, si on veut, ça sape la confiance que j'ai en moi. Une sorte de "regarde ce que tu es, ce que tu peux être, penser, faire". Et je dois me rendre à l'évidence, je n'arrive pas, pas encore j'espère, à le regarder en face.
Et finalement, la météo a bien voulu lâcher un peu de lest en fin de semaine. J'ai donc pu passer une heure vendredi à me plier en quatre et à m'enivrer d'odeurs connues ou inconnues dans le cimetière qui devient décidément une destination de promenade tentante. Et aujourd'hui, avec les 15 degrés ambiant, c'est mon village natal qui m'a tendu les bras pour une promenade en nostalgie. Et moi qui ne croise jamais personne que je connais, j'ai dit bonjour ou reconnu une bonne dizaine de personne, comme quoi, j'ai beau l'avoir quitté il y a dix ans, ce village fait encore partie de moi apparemment. Et comme j'avais l'appareil dans la poche, je n'ai pas complètement résisté, hop, de nouvelles photos dans mon escarcelle. Du coup, ça m'a donné envie de tenter une défibrillation sur mon autre blog, je lance donc l'opération "un jour une fleur" qui sera aussi un peu un jour une photo, si je veux.
Commentaires
Je découvre ton blog grace à la rdj et je trouve très agréable de te lire !
Je reviendrai donc te lire ici !
:o)
Merci Kabotine, moi je tilte enfin sur ton pseudo, le Kabo du forum ne me disait rien, la honte. Repasse quand tu veux, c'est un plaisir d'avoir de nouveaux lecteurs.
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